Histoire de chasse: Surprise sans prise !

Lundi dernier nous fûmes invités par un ami de mon père à affûter le soir. Après une journée de cours assez fatigante cela ne pouvait pas tomber mieux.

Une courte bruine avait accompagné la sonnerie de 5 heures, mais heureusement, mon chauffeur m'attendait non loin du lycée. Cinq minutes pour rentrer à la maison, dix autres pour avaler un rapide goûter qui nous tiendra lieux de dîner. Trois quart d'heure plus tard nous arrivons chez l'ami de mon père qui nous attendait déjà. Ensuite direction le mirador, il se trouvait non loin d'un village et nous reçûmes pour consigne de ne pas tirer à plus de 50m du mirador et bien entendu pas en direction des maisons.

L'endroit était superbe ! Habilement caché à la lisière de la forêt, le mirador nous offrait un panorama de 180°. Si notre regard se portait en face de nous, nous pouvions regarder une parcelle de chaume, longue de deux cents mètres, large d'environ 150 ; après ce champ, deux, trois vergers, puis les premières maisons du village. Derrière nous se trouvait une large bande défrichée dans la forêt, permettant ainsi de réaliser un tir sur 60m, si les sangliers venaient à passer par là.  A moins de 100m sur notre gauche nous pouvions observer une coulée par où les sangliers accédaient dans un champ de maïs. Finalement si nous tournions la tête en biais à droite, nous pouvions admirer la splendeur de la nature : de vertes prairies bordaient une grande forêt de sapins et de feuillus sur plus de 300m.

Une pluie plus drue que tout à l'heure s'abattit sur cette petite partie de Moselle. Qu'il est agréable d'être à l'abri alors qu'à l'extérieur c'est un véritable temps de cochon ! Notre odorat fut envouté par quelque chose de particulier : une odeur peut être un peu agressive au départ, une odeur d'éveil, l'odeur de la vie du sol qui s'active. Et il n'y a pas plus belle musique que celle de multiples cordes qui frappent le plus fort possible le mirador, comme si elles essayaient de battre à mort la cabane de bois ! Le vert feuillage du chêne qui surplombait notre poste d'affût,  frémissait sous les innombrables gouttes d'eau. Ce merveilleux spectacle avait captivé toute mon attention et je me considérais comme particulièrement chanceuse.

Les écluses du ciel restèrent ouvertes pendant une demi-heure puis laissèrent place aux rayons du soleil couchant. Tiens, quelle est cette drôle de tâche dans la prairie à notre droite ? Je regarde : c'est un chevreuil… Et plus précisément un brocard ! Mais… Et là ? Un autre chevreuil à 20m du premier! Qu'est-ce donc ? Brocard ou chevrette ? Encore un brocard ! Mon regard se porte maintenant à gauche et je vois une chevrette accompagnée de son kitz venir du maïs dans la direction du chaume. Cinq minutes plus tard un jeune brocard rejoint la cellule matriarcale puis courre après la chevrette, cette dernière détale entraînant son jeune derrière elle. Les chevreuils se poursuivirent cinq minutes devant nos yeux et disparurent dans le champ de maïs. Un très bon moment de joie !

 Le calme était revenu lorsque quelque chose au loin attira mon œil. Je jette un coup d'œil à travers les jumelles et découvre un autre chevreuil, assez gros me semble t'il. Toute sa masse dirigée vers l'avant du corps et nous pouvions voir nettement deux pointes dépasser de ses oreilles. Ce n'est pas possible... Encore un brocard !? La verte forêt l'engloutira quelque instant plus tard. On nous avait dit que l'on pouvait tirer un chevreuil si celui-là était malade : ici, un tir sanitaire pour cause de trop forte population aurait-il été valable …?

L'obscurité commença à tomber alors qu'un lièvre fit une apparition furtive au coin du champ de chaume à notre droite.  Non loin de là, les chevreuils étaient toujours présent, mais il nous sembla que deux de leurs congénères les avaient rejoints. Ils ne tardèrent pas à se dévoiler : c'était une autre chevrette et son kitz. Quelques minutes s'écoulèrent avant qu'un nouveau brocard ne s'aventure aux abords du champ de chaume à notre droite, traverse le champ et se dirige vers les vergers avant que l'obscurité ne l'engloutisse.

C'est alors qu'une tâche noire attire mon œil, quelque chose est en train de sortir de la forêt à notre gauche… Je vois une tâche noire… Les sangliers ? Maintenant ? Tant mieux le soleil n'est pas tout à fait couché, nous pouvons encore voir quelques sillons rose sur les ailes des nuages ! Je prends les jumelles pour identifier l'animal…en fait, il s'agit d'une jeune chevrette. Elle s'avance vers le mirador, le scrute pour voir si un mouvement ne s'échapperait pas de l'intérieur de la cabane surélevée tout en décrivant des vagues avec son maigre corps. Elle s'arrête à 20m du mirador, nous regarde sans pour autant nous voir, tourne à 90° degré vers les maisons et repart en zigzaguant en même temps qu'elle continue d'observer son environnement. Elle vire vers la gauche et se cache tant bien que mal dans les herbes hautes qui bordent le champ de chaume. C'est sûr les sangliers ne viendront plus… J'aurais tant aimé les voir !

Notre affût touchait à sa fin, car le ciel nuageux avait à présent revêtu de sa robe bleu nuit. Nous rangeons les affaires en silence et avant de descendre, regardons encore une fois si entre temps les bêtes noires ne s'étaient pas invitées dans ce magnifique environnement. Je descendis la première, m'avance sur le chemin pendant que mon père ne descende à son tour du mirador. Quand il m'eut rejoint il m'indiqua une dernière fois de regarder au travers des jumelles si aucuns animal n'était dehors. Chose faite, je lui répondis que non.

Nous avançons alors en silence pour nous éloigner du mirador sans nous faire remarquer par les chevreuils au gagnage. Je ne pensais à rien.  Je profitais encore des dernières bouffées d'air frais en ne sachant pas quand je reprendrais les suivantes... De plus il était dommage que les lointains soleils soient cachés par les épais nuages. Le mirador se trouvait à présent à 50m de nous lorsque soudain un grand « wouuf ! » me surprit ! Mon sang ne fit qu'un tour. Je reste comme paralysée sur place. Mon cœur battait la chamade pendant que mon cerveau pu enregistrer quelques grognements accompagnés de bruits de feuilles soulevées par la compagnie en fuite… Quant à mon père, il avait déjà le fusil entre les mains, prêt à toute éventualité. La main encore sur la bouche je regardais mon père et lui fit sentir le rythme de mon tambour cardiaque. Il me fallut bien deux minutes pour me remettre de ces émotions du soir. Le véritable compte rendu se fit une fois arrivé à la voiture. C'était bien un coup des sangliers, ces sus scrofa se trouvaient à 5m dans la forêt et se préparaient sérieusement  à faire leur escapade nocturne ! Il y en avait certainement une dizaine. Plus tard nous apprendrons, par le biais de l'ami de mon père, que c'était bien une compagnie de sangliers composée de 2 gros ainsi que 8 petits.



07/12/2007
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